Lundi 05 Nov. 2018
Yves Mirabaud Président de la Fondation Genève Place Financière

L'excellence par la formation

Conditions cadres | Formation | Talents

Un partenariat public-privé dans le domaine de la formation est plus que jamais primordial pour continuer à faire de Genève un centre de compétences unique au monde dans le secteur bancaire et financier.

La force de la place financière genevoise réside avant tout dans les compétences des collaboratrices et des collaborateurs qui la composent. Selon un sondage sur l’image des banques, que l’Association suisse des banquiers réalise depuis de nombreuses années, plus de 60% des Suisses estiment que les banques helvétiques se distinguent de la concurrence internationale grâce à un personnel jugé très compétent.

La place financière genevoise représente un secteur d’activité important pour le marché du travail et pour l’économie genevoise puisque qu’elle génère plus de 35'000 emplois et contribue à hauteur de 12% du PIB genevois. Elle a la chance de regrouper des activités très variées, allant de la banque de détail au financement du négoce de matières premières en passant par la gestion de fortune. Pour pouvoir se mesurer à ses concurrentes, elle n’a qu’une voie possible : celle de la spécialisation et de l’innovation. Ceci implique un niveau d’excellence que seuls des collaboratrices et des collaborateurs bien formés sont à même de livrer.

Or, l’expertise des acteurs de la Place n’est pas acquise une fois pour toute. Le défi est triple. Premièrement, il s’agit de continuer à attirer et à conserver les talents. Deuxièmement, ces derniers doivent trouver leur place dans la transformation digitale en cours. Enfin, avec le départ massif des « baby-boomers » et l’arrivée des jeunes nés à partir des années 1990, c’est à un véritable changement de génération qu’il convient d’apporter des réponses.

La formation intervient à tous les stades. Elle doit s’adapter en permanence. Et cette évolution touche aussi bien l’apprentissage et la formation continue que le domaine universitaire.

La formation duale n’a pas dit son dernier mot !

Un grand groupe du luxe a récemment déclaré qu’« apprendre c’est d’abord accepter que rien n’est impossible », son PDG mettant en avant l’apprentissage à la Suisse (voir « Le Temps » du 23.10.2018). Ce dernier reste effectivement un maillon central du modèle de formation helvétique. L’accent mis sur les compétences pratiques permet d’intégrer le monde du travail sans entreprendre de longues études. Malheureusement, à Genève seuls 3% des élèves quittant le Cycle d’orientation choisissent directement cette formation duale. Or, dans le secteur bancaire, 90% des apprentissages achevés avec succès débouchent sur une place de travail fixe. Ces deux chiffres suffisent à justifier la nécessité de mieux valoriser cette filière.

La Cité des Métiers, le plus grand salon des métiers et de la formation en Suisse, ouvrira ses portes le 20 novembre à Genève et mettra précisément l’accent sur l’apprentissage. Cet événement constitue une occasion unique pour les jeunes et leurs parents, mais aussi pour les adultes, de découvrir les métiers de la banque, les cursus et les écoles qui y préparent.

Si certains talents choisissent l’apprentissage, d’autres préfèrent poursuivre leurs études. La diversité des acteurs bancaires qui constituent la Place genevoise se retrouve dans le profil des collaboratrices et des collaborateurs qui la composent. C’est pourquoi, la formation supérieure et la recherche fondamentale contribuent également à la qualité des compétences offertes par Genève.

La formation continue répond aux évolutions réglementaires et digitales

Que l’on intègre le secteur financier par la porte de l’apprentissage ou au moyen d’un diplôme supérieur, le voyage n’est pas terminé. L’excellence est une notion qui se cultive tout au long d’une carrière. La formation continue permet de maintenir à jour les connaissances et de répondre aux transformations numériques de certains métiers. Elle peut prendre les formes les plus diverses : formations dans des instituts spécialisés ou en interne, en présentiel ou par e-learning.

Une tendance claire se dégage : le sur-mesure dicte la durée des formations, qui font de plus en plus appel à des formateurs issus du terrain, mieux au fait des nouvelles technologies et des réglementations en vigueur ou à venir. La certification SAQ destinée aux conseillers à la clientèle, constitue une réponse pertinente et innovante.

La formation constitue un moyen efficace d’accompagner le développement des atouts de la Place. L’ouverture récente d’un Centre en philanthropie à l’Université de Genève, soutenu par des banques privées, illustre ce phénomène en jetant un coup de projecteur sur le rayonnement philanthropique international de Genève et le savoir-faire unique du secteur bancaire dans cette spécialité.

Le partenariat public-privé donne des ailes à la formation

Le secteur public doit assumer un rôle déterminant dans l’orientation professionnelle et la mise en place de formations capables de répondre aux exigences d’employabilité des collaboratrices et collaborateurs actuels et futurs. Il est ainsi amené à suivre, et surtout à anticiper, cette évolution dans le domaine de la transmission du savoir.

Il est réjouissant de constater aujourd’hui que les forces convergent de tous côtés – du secteur public comme du secteur privé – pour se concentrer sur la mise en valeur de Genève en tant que centre de compétences parmi les plus innovants en matière bancaire et financière.

Cela se traduit par la possibilité pour les entreprises privées d’accéder directement aux écoles pour présenter leurs métiers, ce qui par le passé était loin d’être évident à cause de tabous éculés. La mise en place de filières universitaires dans des domaines où Genève se distingue de ses concurrentes mérite d’être soulignée. On peut mentionner la finance durable et la création du « Geneva Institute for Wealth Management », dont l’objectif est de promouvoir la gestion de fortune à l’international.

Les bases de la réussite sont ainsi jetées. Adapter la formation aux métiers de demain est non seulement possible mais extrêmement bénéfique à la fois à la place financière genevoise et à l’ensemble de l’économie du Canton.
 

Opinion publiée dans "Le Temps" - 5 novembre 2018