Savoir-faire

Les établissements bancaires et financiers ont développé un savoir-faire pointu qui leur permet d’offrir des produits attractifs conformes aux règles de durabilité. Mais une transition vers davantage d’investissements durables ne se trouve pas entre leurs seules mains.

Du côté de la demande, l’impulsion doit venir des investisseurs privés et institutionnels. Afin de permettre à ces derniers de mieux identifier les placements durables, une certaine standardisation des règles et des définitions est nécessaire. Ce dynamisme doit s’accompagner d’une formation adéquate des collaboratrices et des collaborateurs. A cela s’ajoute que les flux financiers reflètent les activités de l’économie réelle. Le défi est donc de renforcer le dialogue et l’engagement commun de tous les acteurs pertinents du secteur financier, de la politique et de la société civile.

La finance durable est l'affaire de tous!

Les acteurs privés et publics possèdent la même volonté de créer des conditions-cadres optimales pour une place financière suisse durable et plus compétitive. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre en considération l’accélération spectaculaire du mouvement destiné à fournir un cadre cohérent à la finance durable dans notre pays qui s’est produite durant le seul mois de juin 2020.

En l’espace de 15 jours, les structures faîtières de la Place financière ont publié des textes fondamentaux pour positionner la Suisse en tant que pôle international incontournable. L’Association suisse des banquiers (ASB) a diffusé un « Guide pour l’intégration des facteurs ESG dans le processus de conseil auprès des clients privés ». L’Asset Management Association Switzerland (AMAS) et Swiss Sustainable Finance (SSF) ont conjointement rendu public des Recommandations pour un Asset management durable. Le Conseil fédéral a adopté des Lignes directrices concernant le développement durable dans le secteur financier.

Tous ces acteurs s’unissent autour de principes et d’objectifs communs : la transparence, la bonne gouvernance, la gestion des risques, en particulier du risque climatique, la qualité du «reporting» et, enfin, la formation adéquate.

 

Comment éviter le greenwashing?

Les investisseurs n’ont pas les coudées franches pour adopter une stratégie d’investissement durable. En effet, ils font face à deux défis :

  • En Suisse, la législation impose actuellement aux caisses de pension un carcan beaucoup trop rigide ;
  • Au niveau international, une (…) standardisation des règles et des définitions fait encore défaut.

Une réglementation incitative plutôt que coercitive

La création en Suisse de produits conformes aux principes de durabilité passe par une réglementation incitative et une fiscalité attractive. Les autorités politiques ont donc la capacité d’envoyer des signaux en favorisant cette activité grâce à des conditions-cadres favorables. Or, le droit de timbre et l’impôt anticipé constituent un handicap à l’expansion de la finance durable en particulier pour les investisseurs institutionnels. Dans la mesure où ceux-ci représentent 79% du volume des placements durables effectués en Suisse (CHF 1'100 milliards à fin 2019), la suppression du droit de timbre et de l’impôt anticipé s’avère indispensable.

Une harmonisation grâce à des standards internationaux

Il n’est pas toujours aisé pour les investisseurs d’identifier les placements durables qui pourront répondre à leurs attentes. Une certaine standardisation des règles et des définitions rendra les comparaisons entre investissements plus sûres.

L’Union européenne (UE) a adopté un « Action Plan » en 2018. Afin de déployer tous ses effets, sa concrétisation devra viser un triple objectif :

  • Trouver un équilibre entre le besoin de standardisation et la minimisation des effets négatifs dus à une réglementation trop rigide ;
  • Promouvoir la transparence et en particulier la lutte contre l’écoblanchiment, plus communément appelé « greenwashing » ;
  • Eviter des charges administratives disproportionnées pour les entreprises.

Dans cet exercice, la Suisse ne peut faire abstraction des processus réglementaires en cours dans l’UE, qui reste notre principal partenaire commercial. Il lui reviendra de ne pas réinventer la roue, mais plutôt de s’inspirer du cadre réglementaire européen sans imposer des règles plus strictes que celles en vigueur chez nos voisins. A défaut, notre pays s’infligerait inutilement un désavantage compétitif dans un domaine prometteur.

 

Formation : de la finance dure à une finance qui dure

L’une des clés du succès de la place financière genevoise réside dans sa capacité à s’entourer des meilleurs talents. La finance représente un secteur d’activité essentiel pour le marché du travail et pour l’économie genevoise puisque qu’elle génère plus de 35'000 emplois et contribue à hauteur de 13% du PIB cantonal. Derrière ces chiffres se trouvent des collaboratrices et des collaborateurs qui ont accumulé un savoir-faire exceptionnel. Ces compétences doivent être cultivées grâce à une mise à jour permanente de leurs connaissances afin de répondre aux besoins de la clientèle. La relève doit aussi faire l'objet d’une attention particulière, en s’assurant qu'elle acquière les compétences nécessaires aux métiers de la finance. 

La finance durable participe pleinement à la diversité de la Place et ouvre de nouvelles perspectives tant pour les collaboratrices en collaborateurs en place que pour les nouveaux talents. Ainsi, la durabilité est inscrite aussi bien dans la formation de base que dans le cursus universitaire et la formation continue.

Pour une formation à la pointe!

La réforme de la formation professionnelle pour le CFC d’employé de commerce dans le domaine bancaire, qui est actuellement en cours, devra impérativement inclure des modules consacrés à la finance durable. De son côté, la Haute école de Genève a mis sur pied un Certificate of Advanced Studies (CAS) en finance durable. L’Université de Genève n’est pas en reste. Un cours sur ce thème y existe depuis 2011 et compte une formation continue en responsabilité sociale et organisations à but non lucratif. L’Institut Supérieur de Formation Bancaire (ISFB) a aussi lancé un Certificat en investissement durable. Enfin, la certification SAQ pour les conseiller.ère.s à la clientèle, qui fait office de standard sur le marché, prévoit aussi d’intégrer cette dimension de durabilité dans ses contenus.

Eclairage

Comment engager l'économie réelle dans la durabilité?

Les flux financiers reflètent les activités de l’économie réelle. Pour pouvoir prendre leurs décisions en tenant compte des risques liés au développement durable, le système financier a besoin d’informations en provenance des acteurs économiques. Actuellement, les données sur la durabilité des entreprises suisses ne sont pas toujours disponibles. Pour y remédier, les recommandations de la « Task Force on Climate-related Financial Disclosures » (TCFD), la directive européenne sur la publication d’informations non financières (Non-Financial Reporting Directive, NFRD) ansi que les normes de la GRI en matière de reporting sur le développement durable (Global Reporting Initiative) constituent des clés de réponses.