Ce début d’année constitue un moment propice pour faire le point sur un pilier majeur de la place financière genevoise : la formation. Qu’elle soit de base, académique ou continue, elle constitue une carte maîtresse pour accompagner le développement de la digitalisation et de l’IA.
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La Place financière représente un secteur essentiel pour le marché du travail et pour l’économie genevoise. Son attractivité et sa réputation reposent sur la stabilité, la rigueur et surtout sur un haut niveau d’expertise. Or, le paysage bancaire évolue à un rythme soutenu dans de nombreux domaines : digitalisation, montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA), risques cyber, nouvelles exigences réglementaires, concurrence internationale, et attentes d’une clientèle de plus en plus sophistiquée.
Pour faire face à ces défis, la formation s’impose comme une réponse incontournable. Elle constitue non seulement un levier majeur de compétitivité, mais elle joue aussi un rôle crucial dans l’employabilité à long terme.
2026 est l’occasion de prendre une résolution ambitieuse : renforcer la formation à tous les échelons en réponse aux mutations rapides des métiers et des compétences. Cette nouvelle année s’annonce comme un temps fort en particulier pour accompagner l’essor de la digitalisation et de l’intelligence artificielle. Le paysage genevois de la formation et de la recherche fait preuve d’un dynamisme réjouissant à tous les niveaux, de l’apprentissage au domaine académique en passant par la formation continue.
Arrêt sur image
En collaboration avec l’observatoire e.foresight, la Haute école de gestion de Genève (HEG) vient de mener pour la deuxième fois son étude « Benchmarking numérique des acteurs suisses et liechtensteinois de la banque privée ». Ce document analyse les fonctionnalités actuelles et futures de 30 acteurs du secteur du private banking (banques privées et universelles). Il en ressort que les établissements les plus digitalisés s’orientent vers un modèle d’interaction hybride, dans lequel plus de 80% des services mesurés sont accessibles via les canaux numériques. Ces établissements investissent également de plus en plus dans des fonctionnalités digitales qui soutiennent leur activité principale.
Cette étude révèle également qu’environ la moitié des acteurs s’en tiennent pour l’instant à un modèle axé sur l’interaction physique. Dans ce contexte, les banques universelles restent en tête en termes de couverture des fonctionnalités numériques. Toutefois, les gestionnaires de patrimoine de taille moyenne et grande devraient combler leur retard au cours des trois prochaines années.
A propos de la mise en œuvre de l’intelligence artificielle générative, la recherche précitée relève que la majorité des banques sont actives, au moins avec des projets pilotes, dans des cas d’utilisation générique, tels que la traduction ou les systèmes internes de gestion des connaissances. Les applications spécifiques, telles que le market research, la documentation des réunions avec les clients ou la génération de propositions d’investissement, sont employées par les banques dans une fourchette allant de 15 à 40%.
La jeune génération : catalyseur du changement
Selon le Baromètre des transitions mené par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), les jeunes âgés de 15 à 17 ans, à même de rejoindre le secteur financier à l’avenir, estiment que les nouvelles technologies constituent une chance. Seuls 14% d’entre eux perçoivent un risque important dans l’évolution du marché du travail. Une large majorité se montre convaincue que l’IA est synonyme de meilleure productivité.
La Cité des Métiers qui s’est tenue du 25 au 30 novembre 2025 à Palexpo a démontré que les jeunes se passionnent pour les nouvelles technologies et voient dans la finance une voie pour concrétiser leurs aspirations. Le nouveau programme de l’apprentissage bancaire tient compte de cette (r)évolution en mettant l’accent sur les compétences et en intégrant des cours spécifiques sur les outils numériques et des méthodes d’apprentissage innovantes.
La formation continue : sauter dans le train en marche
Pour les collaboratrices et collaborateurs déjà en place, la formation continue représente une carte maîtresse pour entrer de plein pied dans la course à la transformation numérique.
A Genève, l’Institut Supérieur de Formation Bancaire (ISFB) leur propose un Certificat « Future of Finance » qui aborde des domaines tels que l’intelligence artificielle, la big data, les neo banques, la blockchain, le cloud : autant de termes barbares dont il faut aujourd’hui comprendre non seulement la signification, mais surtout l’usage au quotidien. Depuis janvier 2024, la HEG propose également un « CAS en Blockchain & Finance » afin de mieux saisir les aspects financiers de la technologie blockchain et de la finance décentralisée.
Le monde académique : pierre angulaire du dispositif
Depuis longtemps, l’Université de Genève anticipe et accompagne les bouleversements profonds auxquels est confrontée la Place financière. La Geneva School of Economics and Management (GSEM) a fait œuvre de pionnière avec son Master en Business Analytics. Ce programme tient compte de l’importance croissante des mégadonnées (Big Data) dans l’économie, en utilisant les données pour éclairer la prise de décision et optimiser les processus métier.
La faculté de droit n’est pas en reste avec son CAS en Digital Finance Law. Ce certificat fournit les clés indispensables pour appréhender les questions relatives à la régulation de la finance digitale, à la protection des données dans le domaine bancaire et financier, à l’évolution des contrats bancaires liée aux innovations technologiques, ainsi qu’à la propriété intellectuelle et au droit de la concurrence.
Les cursus qui précèdent ne sont que quelques exemples du foisonnement de l’offre de formation à Genève en matière de digitalisation financière et d’intelligence artificielle. Cette chance doit être saisie par le secteur bancaire et financier ! En suivant ces programmes, les talents d’aujourd’hui et de demain seront à la pointe des évolutions technologiques, sous tous leurs aspects, et permettront ainsi à la Place genevoise de rester compétitive dans un marché international où l’innovation permanente n’est pas une option, mais une nécessité absolue.
Opinion publiée dans "Le Temps" - 5 janvier 2026