Lundi 23 Octobre 2023

La formation, carte maîtresse de la place financière genevoise

L’attractivité de la place financière genevoise repose avant tout sur son savoir-faire. Cette marque de fabrique doit être constamment entretenue grâce à la formation. Or, Genève bénéficie d’une offre de haut niveau en la matière, faisant d’elle un centre de compétences unique au monde dans le secteur bancaire et financier.   

La place financière genevoise regroupe des activités très variées allant de la banque de détail au financement du commerce de matières premières en passant par la gestion de fortune. A Genève, la Place financière représente un secteur essentiel pour le marché du travail et pour l’économie genevoise puisqu’elle génère près de 38'000 emplois et contribue à hauteur de 13,1% au PIB cantonal.

Lorsqu’elle se mesure à ses concurrentes, notre Place financière doit pouvoir compter sur les meilleurs talents, car sa réputation provient essentiellement de la qualité des services offerts. Il existe plusieurs portes d’entrée pour accéder aux métiers de la finance : 43% du personnel bancaire possèdent un diplôme universitaire et un quart est issu de la formation de base. Or, le succès d’un établissement bancaire ou financier dépend grandement du niveau de connaissances et d’expertise. Pour répondre à ce défi, la formation intervient à tous les stades. Elle touche aussi bien l’apprentissage, les études tertiaires, à savoir l’université et les hautes écoles, que la formation continue.

Une demande accrue pour des spécialistes qualifiés

Le Baromètre bancaire 2023 de l’Association suisse des banquiers (ASB) confirme la solidité du marché de l’emploi bancaire. A fin 2022, les banques employaient en Suisse plus de 92'000 personnes, ce qui représente près de 1'400 postes de plus sur une année. Pour la seconde année consécutive, 2022 s’est caractérisée par une raréfaction de la main d’œuvre, ce qui explique un taux de chômage de 2% pour le secteur bancaire, soit légèrement inférieur à celui de l’économie globale. A Genève, la tendance est similaire, avec une situation de quasi plein emploi.

Toutefois, les perspectives économiques ainsi que la reprise de Credit Suisse par UBS engendrent de l’incertitude au sujet de l’évolution des effectifs pour fin 2023 et 2024. L’impact réel sur la Place genevoise est difficile à prédire, étant précisé qu’actuellement, UBS et Credit Suisse comptent 1'700 collaboratrices et collaborateurs dans la Cité de Calvin, majoritairement actifs dans le « front office ».

Selon l’Enquête conjoncturelle 2023-2024 de la FGPF menée auprès des banques, des gestionnaires de fortune et autres intermédiaires financiers genevois, dont les résultats ont été dévoilés le 12 octobre dernier, quatre domaines d’activités sont prioritaires : la fintech, la finance durable, la gestion de fortune et la compliance. Dans ce contexte, les banques considèrent que, parmi les plus grandes opportunités du marché du travail, un accès à des spécialistes qualifiés est vital. Afin de répondre à ce besoin, la formation constitue un facteur essentiel.

Une offre de formation variée et de qualité

Face à ces défis, les prestataires de formation, qu’ils soient publics ou privés, vivent une évolution, voire une révolution, permanente.

La filière de l’apprentissage a connu une réforme fondamentale qui est entrée en vigueur à la rentrée 2023. Le cursus se fonde non plus sur des branches, au sens classique du terme, mais sur l’acquisition de compétences opérationnelles. Cette approche conduit à mieux appréhender des métiers en perpétuelle mutation. Concrètement, pour la filière bancaire, cela permet d’inclure en particulier les enjeux de la digitalisation et de la finance durable.

La numérisation de certaines activités financières entraîne une transformation des professions et une demande accrue pour la formation continue. Pour répondre à ce besoin, la Haute école de gestion de Genève (HEG) et l’Institut Supérieur de Formation Bancaire (ISFB) se positionnent comme des interlocuteurs incontournables. La première délivre un CAS en transformation digitale afin d’améliorer le leadership dans ce domaine et proposera en janvier 2024 un CAS en Blockchain et Finance. Le second a développé un Certificat intitulé « Future for Finance » destiné au personnel bancaire. Il offre également des cours modulaires sur la fintech dans le cadre des révisions régulières de la certification SAQ CWMA, dont bénéficient les collaboratrices et collaborateurs actifs dans la gestion de fortune.

Ces deux acteurs clés de la formation à Genève sont allés encore plus loin en concluant en septembre 2023 un partenariat stratégique afin de déployer, dès le printemps 2024, un programme unique en Suisse romande de formation continue en management bancaire. Cette initiative démontre une fois de plus la pertinence des partenariats public-privé.

Dans le domaine de la gestion de fortune, la collaboration entre les milieux économiques et académiques s’avère tout aussi déterminante. Le Geneva Institute for Wealth Management (GIWM), une fondation créée par la place financière genevoise et l’Université de Genève, fête déjà ses 7 ans cette année. D’une part, ses recherches participent au positionnement de la Place financière en tant que hub d’excellence dans la gestion de fortune. D’autre part, son programme de Doctorat contribue à former les professionnels de ce secteur d’activités en mettant l’accent sur la finance durable.

Genève est également à la pointe dans la formation en lien avec la conformité, à travers le CAS en compliance du Centre de droit bancaire et financier. Mis en place il y a 15 ans exactement, ce Certificat, qui se veut au plus près de la pratique, est devenu un standard suisse pour la formation continue en compliance. Il forme année après année les profils liés aux risques et à la compliance qui sont très recherchés par les acteurs financiers, confrontés à un environnement réglementaire en constante évolution.

Cet inventaire non exhaustif illustre d’une part le dynamisme qui prévaut en matière de formation financière et, d’autre part, la chance de pouvoir compter à Genève sur des acteurs issus du secteur public et privé qui partagent un objectif commun : le savoir-faire doit être cultivé grâce à une mise à jour permanente. La compétitivité, l’innovation et la capacité d’adaptation des établissements de la Place genevoise en dépendent.

Opinion publiée dans "Le Temps" - 23 octobre 2023

 

Denis Pittet Président de la Fondation Genève Place Financière