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La place financière genevoise à l’heure des défis internationaux

L’Institut national genevois a invité trois importants acteurs des milieux financiers de la République à débattre.

Au programme: défis internationaux et responsabilités locales.

«Je rappelle que, sur le plan genevois, les établissements bancaires fournissent quelque dix-sept mille emplois et si l’on ajoute les centaines de sociétés financières et les gérants indépendants, ainsi que les partenaires directs que sont les assurances, les avocats d’affaires et les fiduciaires, ce sont plus de trente mille emplois qui sont offerts par la place financière genevoise.» Ivan Pictet, président de la Fondation Genève place financière et associé de Pictet & Cie, a tenu à rappeler ces chiffres avant d’entamer son discours à l’Institut national genevois (ING). Ce dernier a organisé au début du mois une conférence sur le thème «La place financière genevoise: défis internationaux et responsabilités locales». 

L’occasion pour Ivan Pictet, mais aussi pour Michel Dérobert, délégué du Groupement des banquiers privés genevois, et Benoît Genecand, responsable région Genève–UBS, de tracer le portrait de la place financière à l’heure où elle s’apprête à affronter plusieurs changements majeurs.

Améliorer le cadre

Ivan Pictet a donc ouvert le débat avec, comme fil rouge, les défis internationaux. Premier constat, il regrette que, malgré son poids fiscal considérable (un tiers des recettes fiscales cantonales), «ni le Conseil municipal, ni le Conseil administratif ne donnent l’impression d’être très attachés à leur place financière». Il note que la City de Londres bénéficie d’un soutien supérieur. Il souligne également l’excellence des deux domaines de prédilection genevois: la gestion de patrimoines privés (private banking) et le financement du négoce (trade finance). Toutefois, la «remarquable place au soleil de la finance genevoise» n’est pas acquise pour toujours. Le président de la Fondation Genève place financière expose les efforts à fournir pour conserver l’avantage. Tout d’abord, lutter contre le handicap que représente la petite taille de Genève en profitant de son caractère unique de ville internationale, siège de l’ONU et des multiples institutions qui s’y rattachent. Ensuite, favoriser l’implantation de nouveaux acteurs financiers en abaissant la fiscalité. Enfin, accroître, notamment, le nombre de logements et de places disponibles dans les écoles pour ne pas décourager les spécialistes de haut niveau de venir s’installer à Genève.

Accords bilatéraux II

Pour Ivan Pictet, face à ces défis, c’est à Berne que se joue l’avenir de la place financière suisse, et donc également de celle de Genève. Les relations entre la Confédération et l’Union Européenne (UE) revêtent à ce propos une très grande importance. Et l’actualité immédiate dans ce domaine est la récente signature des accords bilatéraux II. Michel Dérobert, deuxième conférencier de l’ING, a rappelé les trois dossiers de ces accords (sur neuf) qui intéressent à un titre ou à un autre la place financière: la fiscalité de l’épargne, la fraude et Schengen/Dublin.

Concernant la fiscalité de l’épargne, un compromis satisfaisant pour les deux parties a été trouvé au terme de difficiles discussions. Finalement, les négociateurs suisses ont accepté, en lieu et place de l’échange automatique d’informations préconisé par Bruxelles, l’introduction d’une retenue d’impôts sur les intérêts versés par les banques suisses à leurs clients qui résident dans l’UE. L’accord sur la fraude prévoit quant à lui une coopération renforcée pour lutter contre certaines activités illégales. L’accord de Schengen/Dublin ne concerne la place financière que sur un aspect «marginal du point de vue des objectifs poursuivis, mais central du point de vue de la protection du secret bancaire suisse»: l’entraide judiciaire en matière pénale.

Pour la Suisse, l’entraide judiciaire ne concerne pas les cas de simple soustraction d’impôts directs. Ces derniers sont considérés en droit suisse comme une infraction administrative. Une solution pragmatique a été trouvée: l’introduction d’une clause «d’opt-out» permet à la Suisse de refuser en tout temps d’appliquer une évolution non désirable du droit communautaire dans le domaine de la fiscalité directe. 

Menace sur les accords bilatéraux I?

La position de la Suisse face à l’élargissement de l’UE inquiète également le délégué du Groupement des banquiers privés genevois. L’extension des accords bilatéraux I aux nouveaux pays membres de l’UE sera automatique. Sauf pour l’accord sur la libre circulation des personnes, où des adaptations sont requises et devront être ratifiées par le Parlement. En cas de référendum et de désapprobation par le peuple, c’est l’ensemble des accords bilatéraux I qui tomberait (ils sont tous liés entre eux, le refus d’un seul entraîne le rejet de tous). «La question de l’extension de l’accord sur la libre circulation des personnes aux nouveaux Etats membres de l’UE ne concerne pas spécifiquement la place financière, mais il est évident qu’elle aussi serait affectée par un éventuel refus.» 

Benoît Genecand a clôt la conférence de l’ING en abordant le thème des responsabilités locales de la place financière. Premier constat: pour lui, les banques et leurs financements ont une place limitée dans l’examen de cette question. «La bonne ou la mauvaise marche de l’économie dépend de bien d’autres facteurs.»

Dans cette perspective, le responsable région Genève de l’UBS a tracé un portrait de la situation économique du canton telle qu’il peut l’appréhender dans son métier de banquier. Pour ce faire, il a eu recours à une analogie originale: comparer les six grands secteurs de l’économie genevoise à six bouteilles de vin oubliées depuis des années au fond d’une cave. Nectar et médiocre breuvage se côtoient. Seul nectar justement: les entreprises. «Genève a un tissu d’entreprises d’une richesse incomparable avec un accent sur les secteurs les plus dynamiques et productifs de l’économie suisse.» Bilan plus contrasté en revanche pour les quatre «bouteilles» immobilier, emploi, financement des PME et conjoncture mondiale. Deux bouteilles sont, pour leur part, madérisées ou bouchonnées: l’immobilier et les finances publiques.

Des finances publiques qui inquiètent également Ivan Pictet. Il juge que l’endettement du canton commence à porter préjudice aux affaires. «L’image d’un canton endetté décourage les investissements et dessert la place financière.»



Grégory TESNIER - Entreprise Romande


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